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Je l'ai prise dans mes bras, La petite sirène Aux yeux éblouis. Et voici qu'en chantant, ce soir, je la promène En mon beau paradis. Comme la lune sur la mer, Sa longue chevelure bleue Se mêle à la mienne, Qui est d'or. Sa belle queue Traîne Parmi les fleurs. Comme elle a peur, Comme son coeur bat sur mon coeur ! Je ne sais pas ce qu'elle pense. Elle me regarde en silence, De ses pâles yeux pleins d'effroi, Où quelque étrange songe sommeille. De la terre ils ne veulent Rien voir que moi ; Pour Elle, j'en suis la grande merveille, Et le mystère. Mais, parfois, Elle étend les doigts, Et touche l'air illuminé qui tremble, Car la lumière et l'air ressemblent à la mer. Et elle est triste, et parfois pleure. Je veux la déposer, doucement, dans le fleuve, Mon beau fleuve d'Eden, dont les divines eaux S'en retournent parmi la chanson des roseaux Vers la mer infinie, afin qu'il la ramène, Heureuse et consolée, à ses soeurs les sirènes, Et qu'elle joue encor, devant son miroir bleu, A peigner en chantant ses longs et beaux cheveux, Qu'ont effleurés, ce soir, quelques roses mortelles, Et ces baisers humains que mes lèvres y mêlent.
.....Charles Vanlerbergue
Publié par fleurdetiaree à 11:35:25 dans rayondesoleil | Commentaires (0) | Permaliens
Et c'est Lui, comme un matelot, et c'est lui, qu'on n'attendait plus, et c'est lui, comme un matelot, qui s'en revient les bras tendus pour baiser ceux qu'il a connus, rire à ceux qu'il n'a jamais vus, et c'est lui, comme un matelot, qui s'en revient le sac au dos. Or, bonnes heures, bonnes heures, laissez alors choir vos tricots, or, bonnes heures, bonnes heures, endormez-vous jusqu'à tantôt : il fait si chaud dans vos demeures et c'est fête de si bon cœur ! Mais, partances aux mâts d'en haut, voici s'agiter les vaisseaux, et c'est Lui, comme un matelot, qui, vides les pots, partira, et c'est lui, comme un matelot, et Dieu sait quand il reviendra.
....Max Elskamp
Publié par fleurdetiaree à 19:35:42 dans rayondesoleil | Commentaires (0) | Permaliens
Le soleil s'est-il brisé sur ta tête pour que tu sentes ses éclats s'enfoncer dans l'arbre qui soutient ton dos, puis vriller à sec dans les branches de ton corps ? Ton crâne est un énorme fruit vert que mûrit la canicule de tous les Tropiques, de tous les Tropiques, mais sans la fraîcheur de leurs palmiers ni de leur brise marine ! Ta gorge est sèche, tes yeux s'enflamment ; et voici que tu vois, au-delà de ce que voient les hommes, tous les Tropiques : voici des makis parés comme des mariés ; leurs quatre mains sont chargées de régime de bananes, et chargées de fleurs jamais vues par ceux qui ne sont pas des gens et, parmi leur voix heureuse de se baigner au soleil, voici tout le tumulte des cascades. Mais, simultanément, est-ce la glace de la terre qui t'appelle qui déjà t'enveloppe tout entier, pour que tu sentes ce frisson à travers tout ton être, et pour que tu sembles vouloir te cacher sous les nuages du ciel et sous toutes les feuilles des sylves insulaires, et sous toutes leurs lourdes brumes, et sous les dernières pluies au parfum de lait brûlé. Scelle fortement tes lèvres afin que n'en sorte aucune des choses que tu vois, mais que ne voient pas les autres ! Que te berce cet écho qui s'amplifie dans tes oreilles, lesquelles sont devenues deux coquillages jumeaux où palpite la mer qui t'entoure, ô jeune enfant des îles !
......Jean Joseph Rabearivelo
Publié par fleurdetiaree à 18:55:34 dans rayondesoleil | Commentaires (0) | Permaliens
Pour toi, je me ferai reine Pour que tu ne m'oublis Je me ferai fleur de ta vie Pour toi, je ferai La Seine Comme ce cour d'eau Dans ta vie, je serai ce qui a de plus beau Pour toi, je me ferai déesse Pour que tu te souviennes Que je suis tienne Pour toi je me ferai sagesse Pour que tu apprécies Je ferai authentique ma vie Pour toi, je me ferai mère Pour que tes enfants Soient comme moi et toi dorénavant Pour toi, je ferai ta femme Pour te montrer l'amour Que j'ai pour toi sans aucun détour Pour toi, je ferai passion Pour te montrer mon affection Sans aucune prétention Pour toi, je ferai ton soleil Pour que tu me vois à chacun de tes réveils Comme l'amour qui est plus fort que la veille Pour toi, je me ferai tous se que tu voudras Mais sache que malgré tous ça Je resterai toujours MOI. .....
.....Natacha Buduc
Publié par fleurdetiaree à 13:39:53 dans rayondesoleil | Commentaires (0) | Permaliens
J'ai vu, pendant toute ma vie, sans en excepter un seul, les hommes, aux épaules étroites, faire des actes stupides et nombreux, abrutir leurs semblables, et pervertir les âmes par tous les moyens. Ils appellent les motifs de leurs actions : la gloire. En voyant ces spectacles, j'ai voulu rire comme les autres ; mais, cela, étrange imitation, était impossible. J'ai pris un canif dont la lame avait un tranchant acéré, et me suis fendu les chairs aux endroits où se réunissent les lèvres. Un instant je crus mon but atteint. Je regardai dans un miroir cette bouche meurtrie par ma propre volonté ! C'était une erreur ! Le sang qui coulait avec abondance des deux blessures empêchait d'ailleurs de distinguer si c'était là vraiment le rire des autres. Mais, après quelques instants de comparaison, je vis bien que mon rire ne ressemblait pas à celui des humains, c'est-à-dire que je ne riais pas. J'ai vu les hommes, à la tête laide et aux yeux terribles enfoncés dans l'orbite obscur, surpasser la dureté du roc, la rigidité de l'acier fondu, la cruauté du requin, l'insolence de la jeunesse, la fureur insensée des criminels, les trahisons de l'hypocrite, les comédiens les plus extraordinaires, la puissance de caractère des prêtres, et les êtres les plus cachés au dehors, les plus froids des mondes et du ciel ; lasser les moralistes à découvrir leur cœur, et faire retomber sur eux la colère implacable d'en haut. Je les ai vus tous à la fois, tantôt, le poing le plus robuste dirigé vers le ciel, comme celui d'un enfant déjà pervers contre sa mère, probablement excités par quelque esprit de l'enfer, les yeux chargés d'un remords cuisant en même temps que haineux, dans un silence glacial, n'oser émettre les méditations vastes et ingrates que recelait leur sein, tant elles étaient pleines d'injustice et d'horreur, et attrister de compassion le Dieu de miséricorde ; tantôt, à chaque moment du jour, depuis le commencement de l'enfance jusqu'à la fin de la vieillesse, en répandant des anathèmes incroyables, qui n'avaient pas le sens commun, contre tout ce qui respire, contre eux-mêmes et contre la Providence, prostituer les femmes et les enfants, et déshonorer ainsi les parties du corps consacrées à la pudeur. Alors, les mers soulèvent leurs eaux, engloutissent dans leurs abîmes les planches ; les ouragans, les tremblements de terre renversent les maisons ; la peste, les maladies diverses déciment les familles priantes. Mais, les hommes ne s'en aperçoivent pas. Je les ai vus aussi rougissant, pâlissant de honte pour leur conduite sur cette terre ; rarement. Tempêtes, sœurs des ouragans ; firmament bleuâtre, dont je n'admets pas la beauté ; mer hypocrite, image de mon cœur ; terre, au sein mystérieux ; habitants des sphères ; univers entier ; Dieu, qui l'as créé avec magnificence, c'est toi que j'invoque : montre-moi un homme qui soit bon !... Mais, que ta grâce décuple mes forces naturelles ; car, au spectacle de ce monstre, je puis mourir d'étonnement : on meurt à moins.
......Isidore Ducasse, comte de Lautréamont
Publié par fleurdetiaree à 16:42:25 dans rayondesoleil | Commentaires (0) | Permaliens
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